 |
| La création des zones
pilotes pour le règlement en RMB signifie que le RMB
évolue vers un statut de monnaie régionale en
vue de se tailler plus tard une place dans le système
monétaire international. |
La
Chine tente de faire du RMB une monnaie régionale
GU XIN
Pour
tirer le meilleur parti de la mondialisation économique et
éviter ses pièges, la Chine a décidé
de procéder, en différentes étapes, à
la convertibilité de sa monnaie. Ainsi, petit à petit,
le RMB devrait devenir la monnaie régionale dans les marchés
de lAsie du Sud-Est.
LE 23 mars dernier, le gouverneur de la Banque centrale de Chine,
M. Zhou Xiaochuan, a publié un article qui a suscité
un grand intérêt; son titre était Réflexions
sur la réforme du système international des monnaies.
Les gens intéressés par léconomie mondiale
se demandent quelle place y occupera le RMB dans le futur. «
Ce que recherche la Chine, ce nest pas la convertibilité
complète et optimale du RMB au niveau international, mais
une régionalisation progressive », révèle
Xia Bin, directeur de lInstitut de recherche sur la finance
relevant du Conseil des affaires dÉtat.
Par régionalisation, on entend la liberté de convertibilité,
de transaction, de circulation et de réserve dune monnaie
dans une région géographique donnée. Lors de
sa réunion régulière du 8 avril dernier, le
Conseil des affaires dÉtat a déclaré
que la municipalité de Shanghai et quatre villes de la province
du Guangdong (Guangzhou, Shenzhen, Zhuhai et Dongguan) deviendraient
des zones pilotes pour le règlement en RMB des transactions
commerciales transfrontalières. La régionalisation
du RMB entre donc dans une phase dessai.
Démarrage de la régionalisation
« Pour les pays voisins de la Chine, une balance commerciale
qui leur est favorable constitue lune des conditions nécessaires
pour quils adoptent le RMB comme monnaie de réserve
», souligne Zhang Yuyan, chef du département Asie-Pacifique
de lAcadémie des sciences sociales de Chine. Selon
lui, cest lorsquun pays est en situation de balance
commerciale défavorable avec des pays quil peut exporter
sa monnaie vers ces pays. Or, dans lensemble, lenvironnement
économique de la Chine nest pas en balance déficitaire.
En 2008, année marquée par le déclin continu
de léconomie internationale, la balance favorable des
paiements internationaux des projets courants de la Chine a atteint
191,7 milliards de yuans, soit une hausse de 18 % par rapport à
2007.
Par ailleurs, depuis quelques années, la Chine remplace
peu à peu les États-Unis comme marché dexportation
important pour les pays de lAsie du Sud-Est. Cette situation
a entraîné un déficit de la balance commerciale
de la Chine avec les régions et pays voisins. De plus, puisque
le déficit de la balance commerciale de la Chine avec des
pays de lANASE (sigle anglais ASEAN) sest élevé
à 10 milliards $US, lapplication de la régionalisation
du RMB commencera par les pays et régions qui sont voisins
de la Chine.
M. Tang Shuangning, président du conseil dadministration
de la Banque Everbright de Chine, a proposé une régionalisation
du RMB « en trois étapes » : première
étape, la circulation du RMB comme monnaie forte dans les
pays voisins; deuxième étape, le règlement
en RMB dans les échanges commerciaux avec les pays voisins;
troisième étape, la régionalisation officielle
du RMB.
À la fin de 2008, la Chine a fait un premier pas. Le gouvernement
chinois a désigné des zones où, à titre
dessai, le commerce de marchandises serait réglé
en RMB : le commerce du Guangdong et du delta du Yangtsé
avec Hong Kong et Macao; et celui du Guangxi et du Yunnan avec lANASE.
Des accords déchange de monnaies pour un total de 650
milliards de yuans ont été signés entre la
Banque centrale de Chine et les autorités chargées
de la monnaie de six pays et régions, dont : Hong Kong de
Chine, Corée du Sud, Malaysia, Indonésie, Biélorussie
et Argentine. Cela signifie que le RMB évolue vers un statut
de monnaie régionale.
Parmi les entités économiques mentionnées,
la Corée du Sud est la quatrième source dimportation
de la Chine et son sixième marché dexportation
et partenaire commercial; Hong Kong, le troisième marché
dexportation et le cinquième partenaire commercial
de la partie continentale; dans les dix pays de lANASE, la
Malaysia est le premier partenaire commercial de la Chine, tandis
que lANASE est le quatrième marché dexportation,
la troisième source dimportation et le quatrième
partenaire commercial de la Chine.
« Les accords qui ont été signés
sur léchange de monnaies font en sorte que le règlement
des comptes en RMB sera en vigueur dans un plus grand nombre de
pays voisins et permettra ainsi détendre lutilisation
du RMB et sa portée sur le plan international. Ces accords
augmenteront également lacceptation du RMB dans les
régions dAsie », a affirmé Yi Xianrong,
chercheur de lInstitut de la finance relevant de lAcadémie
des sciences sociales de Chine.
Lessai vient à peine de débuter
Les villes de Shanghai, Guangzhou, Shenzhen, Zhuhai et Dongguan
ont des activités commerciales fréquentes avec Hong
Kong et Macao, de même quavec les pays et régions
de lAsie du Sud-Est. Dans ce contexte, selon lanalyse
des spécialistes, il est possible que, dans le futur, le
règlement en RMB sapplique dans lensemble du
pays et que le développement puisse se faire en coopération.
Cela fait trois ans que les autorités municipales de Shanghai,
le centre financier de la Chine, attendaient cette nouvelle. Publié
en novembre 2006, dans le XIe Plan quinquennal sur la construction
du centre financier international de Shanghai, on trouve cet énoncé
: « Il faut faire en sorte que Shanghai devienne une zone
pilote pour le règlement international en RMB et quelle
crée des unités dessai pour le change de petites
sommes de monnaies étrangères. » Toujours
selon ce plan : « Dans les prochains cinq ans, Shanghai
procédera à des recherches sur les tendances de la
circulation du RMB et sur létablissement du RMB comme
monnaie de réserve dans les pays voisins. De plus, cette
municipalité explorera et développera la rentrée
de monnaie et la gestion du RMB dans le monde. » M. Yin
Jianfeng, chef du Service de la finance structurelle de lInstitut
de la finance, relevant de lAcadémie des sciences sociales
de Chine, déclare : « Le règlement en RMB
des transactions transfrontalières finira par jeter les bases
permettant détablir le statut de Shanghai comme centre
financier international ».
 |
| Après le dollar HK,
le RMB est déjà la deuxième monnaie utilisée
dans les transactions à Hong Kong. |
Lacceptation de la clientèle, lintervenant le
plus direct du commerce transfrontalier, est la clé de la
réalisation du règlement en RMB. Bien que les entreprises
du Guangdong disent attendre vivement le règlement en RMB,
les prix quelles ont annoncés aux acheteurs étaient
toutefois exprimés en dollars US, lors de lédition
printemps 2009 de la Foire de Canton. « En tant quentreprises
exportatrices, nous apprécions le règlement en RMB.
Cependant, la clé réside dans lacceptation des
entreprises importatrices dautres pays à effectuer
leur règlement en RMB, et dans le fait que leur consentement
soit assorti ou non de conditions. Une autre modalité difficile
à respecter : les banques des pays et régions où
se trouvent les partenaires doivent posséder suffisamment
de RMB », déclare M. Liu Keping, chef du Service
de gestion du marché de la SARL dappareils électriques
Royalstar Sanyo, située à Hefei, capitale de la province
de lAnhui.
Hong Kong profite de lessai du règlement en RMB pour
consolider sa place financière. « En réalité,
après le dollar de Hong Kong, le RMB est déjà
la deuxième monnaie de transactions, confie le chercheur
Yi Xianrong, qui a travaillé pendant plusieurs années
à Hong Kong. Avec la circulation croissante du RMB à
Hong Kong, lîle va créer plus facilement un centre
extracontinental pour cette monnaie. »
 |
| Le règlement en RMB
des transactions transfrontalières finira par jeter les
bases permettant détablir le statut de Shanghai
comme centre financier international. |
Après le début du règlement des transactions
en RMB, les opérations bancaires intérieures seront
la question la plus préoccupante. Dans le but de bien se
préparer au développement officiel des affaires en
RMB, des banques du Guangdong testent le système de paiement
par Internet. En plus de ce test du système, les banques
commerciales sont en train daccélérer la sélection
des sociétés qui y participeront; ainsi, 300 du Guangdong
seront choisies pour faire lessai du règlement en RMB.
« On va sélectionner des entreprises qui ont des
besoins en la matière et qui maintiennent des échanges
fréquents avec Hong Kong », révèle
un responsable de la succursale de Guangzhou de la Banque de lindustrie
et du commerce.
Les succursales de la Banque des communications et de la Banque
de Chine servent de banques pilotes à Shanghai. En réalité,
avant lannonce officielle de la nouvelle sur la création
de zones pilotes pour le règlement en RMB, la succursale
de Shanghai de la Banque des communications avait commencé
à procéder au règlement en RMB des transactions
transfrontalières de la Shanghai Electric et de Minmetals
Development. Quant à la succursale de la Banque de Chine,
son système de règlement en RMB est prêt à
couvrir les grosses quantités de produits, dont lacier
spécial, les produits chimiques, léquipement
mécanique, etc.
« Par rapport à le faire en Europe ou en Amérique,
la promotion du règlement en RMB est plus facile dans les
régions de lAsie du Sud-Est, car ces dernières
ont accepté cette monnaie », a déclaré
M. Niu Weimin, vice-directeur général de la Minmetals
Development de Shanghai.
Des avantages et des inconvénients
De toute évidence, la régionalisation du RMB jouera
un rôle positif pour la Chine. « Une telle mesure
permettra délever la place du RMB dans la coopération
monétaire et financière en Asie, indique M. Ding Zhijie,
directeur adjoint de lInstitut de la finance de lUniversité
de léconomie et du commerce vers lextérieur.
Dans la coopération monétaire régionale, il
existe une rivalité entre le RMB et le yen japonais pour
le rôle prépondérant. Même si le RMB ne
peut pas encore rivaliser avec le yen japonais, un équilibre
pourra toujours être obtenu à travers un traitement
souple des questions touchant lentente ».
Selon un chercheur en analyse stratégique de la Standard
Chartered Bank, la création de zones pilotes pour le règlement
en RMB stimulera à court et à moyen terme les attentes
des investisseurs concernant la revalorisation du RMB. Le chef du
Département de linformation de la Société
pour la promotion commerciale du Guangdong, M. You Shenghua, a de
son côté émis lopinion que la revalorisation
du RMB est partiellement responsable des difficultés quont
les entreprises pour exporter, et il a ajouté que, dans lavenir,
le règlement en RMB contribuera au maintien de la stabilité
des exportations.
M. Ding a souligné également le coût de la
régionalisation du RMB et ses répercussions négatives
: « Le coût provient principalement de la contrainte
imposée aux politiques monétaires intérieures
et de la plus grande responsabilité. En élaborant
les politiques monétaires, les autorités chinoises
chargées des monnaies devront considérer les impacts
éventuels de ces politiques sur les entités économiques
à lintérieur de la région. Pour ce qui
est des principales répercussions négatives, disons
quen raison du lien plus étroit entre les marchés
intérieur et extérieur, les impacts en provenance
de lextérieur se propageront plus rapidement. »
« La réalisation du libre échange entre
la Chine et lANASE, la Corée du Sud et le Japon, ainsi
que la volonté des pays deffectuer le règlement
en RMB, témoignent dune confiance croissante dans cette
monnaie. Dans la sphère régionale, la convertibilité
du RMB permet doffrir plus doccasions à son internationalisation.
Mais en même temps, le règlement en RMB imposera des
exigences plus élevées pour ce qui est de sa gestion,
de sa capacité à créer des produits dinvestissement
en RMB, ainsi que pour lefficacité de sa circulation
», a fait remarquer M. Cheng Siwei, ancien vice-président
du Comité permanent de lAssemblée populaire
nationale.
« Lexportation du RMB na pas seulement pour
but de créer de limpôt sur le monnayage, mais
encore de maintenir le développement stable du commerce et
de léconomie de la Chine et davoir le plein droit
de fixer le prix des marchandises vendues en grande quantité
sur le marché international. Si la Chine veut bénéficier
des avantages de la mondialisation et éviter ses pièges,
elle ne doit ouvrir son marché du RMB que par étapes
et commencer par la régionalisation », analyse
Xia Bin, directeur de lInstitut de recherche sur la finance,
relevant du Conseil des affaires dÉtat.
|