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| Le 14 décembre 2005,
à Guilin (Guangxi), le célèbre cinéaste
Zhang Yimou a mis en scène « Impression de Liusanjie
», une représentation donnée dans un décor
naturel de montagne et de rivière de Guilin et inspirée
par les chants folkloriques zhuang.CFP |
HU YUE
Le chant folklorique chinois a été
un trésor caché pendant des millénaires. Avec
louverture de la société, il a révélé
sa beauté artistique. Cependant, il nest pas sorti
indemne de son choc avec le monde contemporain. Dun côté,
le chant folklorique doit être protégé comme
un héritage culturel, de lautre côté,
il faut quil sadapte pour être plus populaire
dans le pays et dans le monde entier. Ce paradoxe est le défi
auquel doivent faire face les musiciens chinois de chants folkloriques.
CEST une mélodie qui sort de presque toutes les lèvres
et des téléphones portables. La chanson Yueliang
zhishang (Sur la Lune) du duo Fenghuang chuanqi (Légende
du phénix) fait un carton auprès des jeunes Chinois.
Sur un rythme de rap, elle mêle mélodie pop et chant
foklorique mongol en langue mongole. Cet assemblage hétéroclite
de styles semble être la nouvelle mode de la chanson actuelle,
baptisée xin minge (new folk).
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| Le 17 décembre 2007,
la chanteuse populaire Zhang Liangying chante Molihua (Le Jasmin)
au Poly Plaza, à Beijing.-------------------------------CFP |
Le tube Yueliang zhishang est non seulement répété
en boucle à la radio et à la télévision,
mais il a été aussi lun des premiers téléchargés
sur Internet en 2007. Il nest pas le seul à profiter
de lengouement du public pour le new folk. Beaucoup dautres
chansons de ce style sont populaires parmi les jeunes. Les chants
folkloriques reviennent sur le devant de la scène musicale
chinoise. Comment expliquer ce nouvel engouement?
Mai Tian, un Chinois de 26 ans, donne son explication : «
Quand jétais enfant, ma mère me chantait souvent
des chants folkloriques comme Zaina yaoyuan de difang (À
un endroit très lointain) de Wang Luobin. Je ne connaissais
pas le sens des paroles, mais sa mélodie était vraiment
belle. Maintenant, jai compris lhistoire damour
quelle racontait et désormais elle est gravée
dans ma mémoire. » Il se met à fredonner
doucement cette chanson puis continue : « Quand jétais
à lécole, jécoutais souvent
Xintianyou (un chant de ma région dans le nord de la province
du Shaanxi) à la radio et à la télévision,
et jai chanté aussi cette chanson pendant une soirée
de classe. Les mélodies des chants folkloriques ont bercé
toute mon enfance. »
La passion du chant folklorique ne date pas dhier. Le véritable
engouement remonte à une vingtaine dannées,
lorsque le chant folklorique a été redécouvert.
Cette mode a dabord touché la génération
des parents avant celle des enfants.
Dans les années 1980 et 1990, le chant folklorique est sorti
de son isolement. Né dans les petits villages de campagne,
il est entré dans les villes grâce à la radio
et à la télévision. Il sest même
propagé dans le monde entier. Zaina yaoyuan de difang
a été repris par Paul Robinson aux États-Unis
et par le ténor espagnol José Carreras. De plus, cette
chanson figure dans les manuels du Conservatoire de Paris. Linfluence
du chant folklorique chinois en Occident semble même remonter
plus loin puisque le célèbre opéra Turandot
de Puccini (1924) comprend un couplet reprenant un chant folklorique
des Han de la province du Jiangsu intitulé Molihua
(Le Jasmin).
Une tradition millénaire
Populaire aujourdhui, le chant folklorique chinois a pourtant
connu ses heures de gloire par le passé. Sa première
trace date de la Période des Printemps et Automnes (770 av.
J.-C.- 476) durant laquelle des paroles de chants ont été
rapportées dans le Livre des Odes. Sous la dynastie
des Han de lOuest (206 av. J. C. 24 apr. J.-C.), lempereur
a fondé un département baptisé Yuefu,
spécialement dédié à la collecte des
chants folkloriques. Grâce au travail de ce département,
le chant folklorique ancien a pu être conservé et classé
dans des registres. Durant les dynasties suivantes, comme les Tang
(618-907), Song (960-1279), Yuan (1271-1368), Ming (1368-1644) et
Qing (1644-1911), chaque dynastie possédait des chants folkloriques
typiques à elle. Le contenu du chant folklorique chinois
reste riche, évoquant tous les aspects de la société,
tels que la religion, lamour, la guerre, le travail, le loisir,
le sacrifice, etc.
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La statue de sable
de Wang Luobin, considéré comme le "père
du chant folklorique moderne chinois", dans la Cité
des sculptures de sable du site désertique Kumtag de
la ville de Yurpan (Xinjiang)
CNSPHOTO |
Le 28 octobre 2007,
le duo Fenghuang chuanqi (Légende du phénix) donne
une représentation au Festival international du chant
folklorique de Nanning (Guangxi). -----------------------------------------------CFP |
Cependant, la diversité des langues et des ethnies ainsi
que les distances géographiques ont limité la diffusion
des chants folkloriques dans la société. De style
varié, les chants issus des 56 ethnies qui composent la population
chinoise se sont cantonnés à leur région. Il
faut attendre les années 1930 et 1940 pour voir ces barrières
linguistiques et culturelles levées grâce à
un musicien de Beijing, Wang Luobin.
Ayant voyagé à travers toute la Chine avec une troupe
dartistes et larmée chinoise, il a eu loccasion
de découvrir la diversité des chants locaux. Il a
adapté, en 1938, Qingchun wuqu (La Danse de la jeunesse),
chant traditionnel du Gansu et Dabancheng de guniang (La
Fille de Dabancheng), de lethnie ouïgoure du Xinjiang
; et en 1939, Zaina yaoyuan de difang, un chant local de
la province du Qinghai. Ces chansons sont considérées
comme des précurseurs du chant folklorique moderne chinois.
Son initiative a permis de le faire connaître à un
large public.
Ses albums sont restés populaires jusque dans les années
1980. Wang Luobin a fait beaucoup démules qui sont
partis dans les villages isolés de Chine à la recherche
de chants purs et authentiques. Un trésor abondant était
en train dêtre redécouvert. Tout en voulant diffuser
le chant folklorique dans la société, Wang Luobin
souhaitait en conserver lauthenticité. Ses uvres
montrent quil a toujours privilégié la mélodie
dorigine.
Différence de goût entre
les générations
Cest sous cette forme traditionnelle que le grand public
a découvert le chant folklorique. Mais aujourdhui,
il revient dans un style mélangé, le new folk. Sil
a gagné le cur des jeunes Chinois, il a perdu celui
des adultes. Par exemple, la chanson Yueliang zhishan ne fait pas
lunanimité auprès des personnes de 40 ans et
plus. « Jaime beaucoup le chant mongol Aobao
xianghui (Rencontre devant le Aobao, monticule de pierres gravées
de soutras, NDLR), et je vais souvent au karaoké avec
mes amis. Mais je ne peux pas du tout accepter Yueliang zhishang,
je le trouve un peu bizarre... », confie Mme Zhang Limin,
50 ans, qui aime par ailleurs les chansons pop à la mode
de Hong Kong et Taiwan. Pour dautres adultes, le new folk
mélange trop de styles et empêche dapprécier
les chants folkloriques chinois dans leur authenticité.
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| Wang Yadi, devant la porte
de lÉcole de musique du Conservatoire de Shanghai. |
Les musiciens daujour-dhui, conscients de cette différence
de goût, sont pris entre leur devoir de protéger le
trésor folklorique et les nécessités commerciales.
Ayant rencontré des musiciens contemporains de chanson folklorique,
le journaliste Duan Xiaowei explique : « En fait, ces musiciens
connaissent bien leur responsabilité dans la préservation
du chant folklorique, mais ils savent aussi que ces chants sont
un peu archaïques et nattirent pas les jeunes. Or, le
marché musical sadresse essentiellement aux jeunes.
Et paradoxalement, les jeunes Chinois réclament de la chanson
pop mêlée de folklore. Donc les musiciens daujourdhui
sadaptent en composant des chansons au style mélangé.
»
Wang Yadi, qui étudie le chant fol-klorique au Conservatoire
central de Chine, regrette cette tendance : « Nous voulons
diffuser le chant authentique et pur, mais nous, professionnels
du chant folklorique, ne pouvons le faire connaître quà
un petit public damateurs. Par exemple, les programmes de
chant folklorique à la CCTV ont beau être nombreux,
leur audience nest pas bonne. Même si beaucoup de concerts
ont lieu à Beijing et dans toute la Chine, on retrouve souvent
le même public damateurs. »
Le chant folklorique est, à limage de lhistoire
de la Chine, millénaire et nourri par de nombreuses influences
qui ont façonné la culture chinoise. Il fait partie
intégrante de lidentité des Chinois, et comme
elle, il sadapte en permanence à son époque.
Le trésor folklorique est encore loin dêtre épuisé
tant la richesse de son patrimoine est grande. Exploré inlassablement,
il suscite toujours lintérêt des Chinois. Les
controverses de goût quil provoque sont la meilleure
preuve de sa vitalité. ?
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Wang
Luobin, « le père du chant folklorique moderne
chinois »
Wang Luobin est né en 1913 à Beijing. En 1934,
il a été diplômé du département
musical de lÉcole normale supérieure de
Beijing.
En 1937, il entre dans la Troupe artistique de la région
Nord-Ouest de la Chine et participe à la résistance
contre le Japon dans le Gansu où il découvre
les chants folkloriques authentiques. En 1949, Wang Luobin
entre dans larmée. Il est en garnison dans le
Xinjiang.
Ayant étudié la musique pendant plusieurs années,
le jeune Wang tombe tout de suite sous le charme des chants
folkloriques. Il décide de les faire connaître
au grand public. Il collectionne, arrange, adapte et traduit
plus de 700 chants folkloriques appartenant à une dizaine
dethnies. Il écrit également quantité
de chants folkloriques influencés par le style de lOuest
de la Chine et publie 8 albums de chansons folkloriques. Son
travail permet aux chants folkloriques de lOuest de
se répandre non seulement en Chine mais aussi à
létranger. Il est considéré comme
« le père du chant folklorique moderne chinois
».
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