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Un village chinois sous la loupe

La vie économique des
villageois de Baishibu

YAN WEIJUAN

La vie des habitants s’est nettement améliorée ces dernières années. La récente augmentation des prix a même profité aux agriculteurs qui ont vu leurs revenus s’accroître.

Un paysan à l’examen médical

QUAND le gouvernement chinois se préoccupe de l’escalade de l’indice des prix à la consommation (IPC), les Chinois se demandent comment gagner plus d’argent pour maintenir leur niveau de vie ou même l’élever. Dans les villes, le gouvernement chinois a augmenté le salaire des fonctionnaires, et les entreprises privées l’on fait pour leurs employés. Mais comment s’en sortent les paysans de Baishibu (Laiyang, Shandong) qui n’ont pas de salaire fixe?

Pour y arriver, règle générale, les paysans de plus de 50 ans choisissent de consacrer plus de temps à la terre, alors que, parmi les autres, beaucoup décident de travailler comme ouvrier dans les villes, tout en continuant de cultiver la terre. D’autres encore, plus audacieux, abandonnent complètement l’agriculture pour se consacrer entièrement aux affaires.

La remise en valeur des terres

Depuis des années, beaucoup de paysans de Baishibu préféraient travailler dans les chantiers de construction, mais à partir de 2006, en raison de la diminution des coûts liés à l’agriculture, ils ont eu un regain d’intérêt pour les activités agricoles.

Des paysans de Baishibu récoltent du blé.
PHOTOS : CFP

Autrefois, d’après les politiques appliquées dans ce village, chaque paysan pouvait cultiver gratuitement 1,3 mu (1 mu = 1/15 ha) de terre par personne que comptait son ménage, et s’il voulait cultiver une plus grande superficie, il devait en assumer les frais, sans compter l’impôt agricole. Prenons l’exemple de la famille de Yan Gaojun, 56 ans, qui compte trois membres et qui cultive 10 mu. D’après ces anciennes politiques, ce paysan pouvait donc cultiver gratuitement 3,9 mu, et il payait en frais d’exploitation (en fonction de la qualité des terres) pour les autres 6,1 mu. Ainsi, en 2005, il avait payé environ 400 yuans pour utiliser ces 6,1 mu supplémentaires, et autour de 500 yuans pour l’impôt agricole sur les 10 mu qu’il cultivait.

Puis est arrivé 2006, l’année où tous ces frais ont été abolis. M. Yan se voit ainsi libéré de près de 1 000 yuans de frais. Et c’est sans compter le versement par l’État d’une subvention de 44 yuans par mu et l’augmentation du prix de vente des céréales. Dans ce nouveau contexte, l’agriculture est devenue une activité économique plus lucrative. Ainsi, cette année, tout comme M. Yan, plus de paysans veulent cultiver une plus grande superficie de terres.

Malgré ces incitations, l’augmentation du coût de la vie a tout de même des répercussions sur les paysans du village. Cette année, par exemple, le prix des engrais chimiques a augmenté de 50 yuans le sac de 50 kg, sans compter la hausse du prix des légumes et de la viande de porc. « L’augmentation du prix des engrais chimiques a alourdi mon fardeau financier, mais celle de la nourriture n’a pas eu trop de conséquences pour nous, parce que je gagne plus d’argent et que notre potager peut fournir des légumes à ma famille », explique M. Yan.

S’enrichir en étant ouvrier ou en créant son entreprise

Même avec ces récentes mesures mises en place par l’État, ce ne sont pas tous les paysans qui peuvent bien vivre uniquement de la terre. En effet, l’agriculture est trop souvent perturbée par les conditions climatiques. En 2007, par exemple, avec la sécheresse qui a sévi au printemps, on savait bien que la production de céréales serait beaucoup diminuée. Cela a justement été une situation où certains paysans du village ont décidé d’aller travailler comme ouvrier à Laiyang, la ville la plus proche de Baishibu.

D’après M. Yan, en 2001, un maçon gagnait environ 30 à 40 yuans par jour dans un chantier de construction, alors que depuis les deux dernières années, il en reçoit de 60 à 70. Voici une situation qui illustre bien l’amélioration de leur vie : auparavant, pour économiser, les paysans qui travaillaient en ville apportaient leur déjeuner; aujourd’hui, même s’il leur en coûte généralement six yuans, ils mangent tous à la cantine de leur travail.

Quand on parle du travail à la ville, Yan Gaoshui, un paysan de 42 ans de Baishibu, est bien placé pour nous brosser un portrait réaliste de la situation. En effet, depuis dix ans, il emploie des paysans du village pour effectuer des travaux de sous-traitance dans les chantiers de construction de Laiyang. « Il y a cinq ans, à la fin de chaque année, à l’approche de la fête du Printemps, j’étais toujours très ennuyé parce que les entrepreneurs reportaient toujours le versement de notre rémunération et je devais alors affronter mes collègues paysans qui me réclamaient presque quotidiennement leur dû. Ces deux dernières années, j’ai pu passer agréablement la fête du Printemps. En effet, grâce aux politiques gouvernementales strictes sur la protection des ouvriers paysans, nous avons pu obtenir notre salaire immédiatement après avoir terminé les travaux. » On s’imagine bien que, de toute façon, le travail dans les chantiers de construction n’est pas facile pour un paysan.

Ainsi, parce que le travail y est moins fatigant et plus stable, de plus en plus de gens choisissent désormais de travailler dans les usines de transformation de Laiyang durant les périodes moins occupées de travaux agricoles. Et il y a souvent un autre avantage non négligeable : les grandes entreprises comme la Société de transformation des poulets Chunxue (elle emploie beaucoup de paysans) envoient des autobus dans les villages des environs pour le transport des travailleurs. M. Fang Shili, 29 ans, est justement un employé de Chunxue et gagne environ 1 000 yuans par mois. Si on ajoute les revenus provenant de ses récoltes de céréales, il rapporte suffisamment d’argent pour bien nourrir sa famille et est donc très satisfait de sa vie actuelle.

Pour les paysans, travailler comme ouvrier est une bonne façon d’accroître leurs revenus, mais avoir sa propre entreprise les augmente encore plus rapidement. Dans les villes, on dit souvent : « Si vous voulez une vie stable, travaillez dans les entreprises, mais si vous voulez vous enrichir, fondez une entreprise. » Cette expression correspond également à la situation des gens du village de Baishibu, parce que les villageois les plus riches sont ceux qui font des affaires.

Yan Shiwan, le paysan le plus riche du village, est surnommé le « millionnaire ». Il possède deux voitures et quelques camions, de même qu’une grande et belle maison. Son entreprise fournit des marchandises à une prison de Laiyang et produit des matériaux réfractaires qu’il vend à des usines. Fang Xiandong est un autre exemple. Déjà il y a dix ans, il vendait des cotonnades dans les marchés tenus dans différents villages de la région de Baishibu. Aujourd’hui, c’est dans le plus grand marché de Laiyang que ses affaires prospèrent. Il habite d’ailleurs maintenant dans cette ville.

Actuellement, tous ceux qui font des affaires sont riches, mais ils ne sont pas encore très nombreux. C’est que, pour faire des affaires, il faut de l’argent et il faut également pouvoir affronter plus de risques et de difficultés ; or, bien peu de gens répondent à ces deux conditions.

Les dépenses incontournables

Certes, les paysans de Baishibu gagnent plus facilement de l’argent qu’auparavant, mais le niveau de certains frais a aussi augmenté. Sauf les frais de la vie quotidienne, ceux liés à la construction de la maison, à l’éducation et au mariage des enfants ainsi qu’aux soins médicaux sont encore les plus préoccupants.

Par exemple, à la fin de 2007, un paysan de Baishibu avait besoin d’amasser environ 90 000 yuans pour construire une maison d’environ 120 m2 et célébrer le mariage de son fils, montant qui, à lui seul, représente huit ans de travail.

L’éducation des enfants et les soins médicaux coûtent encore très cher, bien qu’il y ait eu une légère amélioration. À Baishibu, la scolarité est gratuite pour les neuf ans d’enseignement obligatoire (elle ne l’était pas auparavant) mais à partir du lycée, ce n’est pas le cas. « De 1998 à 2001, ma fille faisait ses études au Lycée No 1 de Laiyang. À cette époque, chaque mois, il lui en coûtait 100 yuans pour ses frais de subsistance, donc près de 10 000 yuans sur trois ans. Cependant, aujourd’hui, il faut presque 20 000 yuans au total pour pourvoir aux besoins d’un lycéen », dit Yan Gaojun.

Pour ce qui est des frais de santé, les paysans de Baishibu profitent d’une assurance médicale depuis 2006. Par exemple, M. Yan et sa femme cotisent chacun 10 yuans par année et profitent ainsi d’un remboursement annuel de leurs frais de santé pouvant atteindre 20 000 yuans. Cela a beaucoup diminué leurs charges, même si elles sont encore lourdes.

En 2008, le gouvernement chinois affronte des défis considérables pour maîtriser l’augmentation des prix et tenter d’améliorer encore plus la vie des Chinois. Lors de ma récente visite à Baishibu, j’ai été surprise de constater la grande confiance des paysans du village quant à leur avenir. Lorsque les citadins se plaignent de la chute du marché des titres en Bourse, les paysans de ce village aspirent simplement à une vie plus heureuse et à de meilleurs revenus, en faisant confiance aux politiques du gouvernement pour développer l’économie rurale. Toutefois, ils gardent toujours en mémoire le dicton : Aide-toi et le Ciel t’aidera.

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