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La traduction et les échanges culturels internationaux

HUANG YOUYI*

L’auteur

À Shanghai, du 4 au 7 août prochain se tiendra le XVIIIe Congrès mondial de la Fédération internationale des traducteurs (FIT). Grand rassemblement des gens de ce métier, ce Congrès est un moment propice aux échanges culturels à la veille des JO 2008.

Le travail de traduction est essentiel, car il détermine l’impact des échanges culturels et des communications entre les nations, les cultures et les langues, de même que la compréhension qui en découle. Il met en valeur l’association fructueuse d’un pays avec d’autres et son propre environnement humain.

Le Congrès mondial de la FIT : rencontre de différentes cultures

À ce jour, la FIT a tenu 17 congrès mondiaux, un tous les trois ans, et l’Association des traducteurs de Chine (sigle anglais TAC) a joint ses rangs en 1987. Bien qu’elle soit une nouvelle venue au sein de cette famille, la Chine s’est tout de même vue accorder l’honneur d’accueillir le XVIIIe Congrès mondial de la FIT, et deux Chinois font désormais partie de son conseil de 17 membres. L’un d’eux est vice-président de la Fédération – une première dans l’histoire de la FIT.

« Traduction et Diversité culturelle », le thème du prochain congrès, illustre l’attention mondiale accordée à la pluralité des cultures dans le monde d’aujourd’hui. Ce thème met en valeur le rôle important de la traduction dans la promotion de la civilisation humaine et de la diversité culturelle. À ce jour, le monde compte quelque 6 800 langues vivantes, et le tiers d’entre elles ont une forme écrite. La Chine, le pays le plus peuplé du monde, compte 73 différentes langues en usage. La plus utilisée, le chinois, a sept dialectes importants et plus de cent sous-dialectes. Tous conviennent que ces langues et cultures font partie des trésors de l’humanité. Dans le contexte de la progression rapide de la mondialisation, les traducteurs jouent un rôle essentiel pour préserver cette diversité linguistique et culturelle.

On prévoit que plus de 1 000 représentants de plus de 70 pays assisteront à ce Congrès. Des représentants de l’ONU et de l’UE, ainsi que d’autres experts de la Chine et d’autres pays, y prononceront des allocutions. Au cours de cette rencontre de quatre jours, une centaine de séminaires seront donnés et ils devraient couvrir un large éventail de thèmes : culture, éducation, économie, diplomatie, administration, ainsi que sciences et technologies contemporaines. Une grande exposition sur le progrès de la traduction au niveau international sera aussi présentée.

Les avancées de la traduction en Chine : un reflet du progrès social et de l’ouverture

La coexistence harmonieuse de différents pays et les progrès de la civilisation humaine doivent beaucoup au travail de traduction, un produit des échanges entre différents pays. Tout bien considéré, le travail de traduction n’est-il pas en mesure de lever les barrières linguistiques et de faciliter la communication entre les sociétés, les régions, les pays et les nations de cultures différentes?

M. Peter Krawutschke, président de la FIT, et M. Liu Xiliang, président de la TAC, lors de la signature, à Beijing, le 5 avril 2007, du contrat de coopération sur le XVIIIe Congrès mondial de la FIT

Dans l’histoire de son travail de traduction, la Chine a connu trois périodes importantes de croissance : celle de la traduction des soutras bouddhiques, allant du début de la dynastie des Han de l’Est (25-220) jusqu’aux dynasties des Tang (618-907) et des Song (960-1279); celle de la traduction des documents de science et technique, au début du XVIIe siècle pendant la fin des Ming (1368-1644) et le début des Qing (1644-1911); et la période de la traduction des études occidentales, de la guerre de l’Opium au mouvement du 4-Mai (1840-1919). Ces trois périodes ont une chose en commun : elles sont le fer de lance du progrès culturel et idéologique de leur époque en Chine.

Depuis les trente dernières années, le travail de traduction en Chine connaît sa quatrième période de croissance, et elle est inégalée. La traduction n’est plus seulement un outil pour la diplomatie, la littérature et les études théoriques; ses activités touchent désormais beaucoup de domaines : politique, économie, diplomatie et culture, de même que sciences et techniques, entre autres au niveau militaire.

La TAC est une entité sociale d’échelon national fondée en 1982, au début de la réforme et de l’ouverture de la Chine. Depuis sa fondation, cette association a été très active à rassembler les traducteurs chinois, encourager le progrès dans le travail de traduction et encadrer la gestion de ce travail. Selon des statistiques incomplètes, à la fin de 2007, la Chine comptait au moins 3 000 agences de traduction dans différents secteurs économiques et depuis son établissement en secteur, la traduction aurait généré un chiffre d’affaires total de 30 milliards de yuans. La traduction est maintenant incluse à des programmes d’études universitaires en tant que discipline indépendante. La formation en traduction n’est plus un volet complémentaire de l’enseignement des langues étrangères. Par ailleurs, les diverses facettes du travail de traduction se sont développées. N’ayant couvert au départ que les formes traditionnelles de la traduction orale et écrite, il touche maintenant l’aspect visuel, le sous-titrage et l’interprétation simultanée. Comme outils complémentaires, la traduction automatique et la machine effectuent rapidement des percées.

Mme Miriam Lee, vice-présidente de la FIT, devant les livres Harry Potter traduits en Chine

Aujourd’hui, de plus en plus de gens du monde entier ont accès aux nouvelles et aux reportages en différentes langues en provenance de la Chine, que ce soit ceux de l’Agence de presse Xinhua, du quotidien China Daily, des chaînes anglaise, française et espagnole de la Télévision centrale de Chine (CCTV) ou de Radio Chine Internationale qui diffuse en 43 langues. Chaque jour, les sites internet peopledaily.com.cn, xinhuanet.com, china.org.cn et crionline publient des nouvelles sur la Chine et ils le font en différentes langues. Le Groupe international de publication de Chine (sigle anglais CIPG) regroupe plusieurs centaines de traducteurs dans 25 langues et publie des ouvrages sur la politique, l’économie et la littérature. Il publie également plus de 20 magazines, dont Beijing Information, La Chine au présent et La Chine. Plusieurs milliards d’exemplaires de ces magazines ont été distribués dans 190 pays et unités territoriales. Depuis plusieurs années d’affilée, CIPG est le chef de file au pays pour ce qui est de la vente de copyrights à l’étranger.

Les perspectives de la coopération internationale

En dépit de progrès relativement rapides, l’industrie chinoise de la traduction manque toujours de maturité; beaucoup de travail reste donc à faire. En Chine, de nombreuses agences de traduction se sont jusqu’ici concentrées sur le marché intérieur et n’ont pas eu suffisamment d’échanges avec leurs homologues de l’étranger. Pour une entreprise étrangère à la recherche d’un partenaire chinois, cette situation est une arme à double tranchant. En effet, dans un marché faiblement réglementé, chercher le partenaire chinois idéal peut demander du temps et, dans une certaine mesure, s’avérer une aventure risquée. L’aspect positif d’une telle situation, c’est l’énorme marché encore inexploité.

En comparaison du grand nombre d’ouvrages étrangers traduits en chinois, la culture chinoise est moins connue des étrangers, étant donné le nombre insuffisant de gens du métier qui traduisent du chinois vers une langue étrangère.

Jusqu’au XXe siècle, ce sont les missionnaires étrangers qui ont fait une grande partie de la traduction des classiques chinois. Les exemples ne manquent pas : des envoyés japonais venus en Chine pendant la dynastie des Tang (618-907) ont traduit des classiques chinois en japonais. Matteo Ricci, un missionnaire italien venu en Chine pendant la dynastie des Ming (1368-1644), a été le premier Occidental à traduire en latin les quatre principaux classiques confucéens. Finalement, James Legge, un autre missionnaire qui est venu en Chine pendant la dynastie des Qing (1644-1911), a été le premier à traduire en anglais ces quatre classiques.

The Culture & Civilization of China, co-publié par les Éditions en langues étrangères (Chine) et les Éditions de l’université Yale.

Après la fondation de la Chine nouvelle, en 1949, les traducteurs chinois ont déployé des efforts énormes pour traduire en langues étrangères des œuvres classiques et modernes. Parmi les œuvres traduites, mentionnons : Les Entretiens de Confucius, Le Livre de la Voie et de la Vertu (Daodejing), Le Rêve dans le pavillon rouge, Au bord de l’eau et Histoire romancée des Trois Royaumes. Ont aussi été traduits un grand nombre de poèmes des dynasties des Tang, des Song et des Yuan (1271-1368). Les dernières tentatives concernent les projets « Promotion des livres chinois dans les pays étrangers » et The Culture & Civilization of China. Ces deux projets sont vastes et incluent des œuvres chinoises classiques et contemporaines. Ils visent à susciter l’intérêt des populations des autres parties du monde envers de telles œuvres.

Selon les statistiques de l’Administration générale de la Presse et de l’Édition, jusqu’à maintenant, le nombre de copyrights vendus par la Chine à l’étranger ne représente qu’un dixième du nombre des copyrights que le pays achète. De plus, en Chine, il y a pénurie de traducteurs du chinois vers les langues étrangères.

Malheureusement, la formation en traduction est inadéquate en Chine. Celle dans les domaines de la médecine, de la terminologie, de la gestion de projet et de la technique est particulièrement faible. Par ailleurs, au niveau de la formation en traduction légale et commerciale, jusqu’à maintenant, seul l’Institut de traduction de l’Université des études étrangères du Guangdong offre une telle formation. Parmi les efforts pour remédier à cette situation, les tentatives à souligner comprennent, entre autres, le cours de formation en interprétation fourni conjointement par l’UE et l’Université des relations économiques et commerciales avec l’étranger, à Beijing, sous le nom de Centre sino-UE de formation à l’interprétariat de Beijing.

En novembre 2004, le IVe Forum asiatique des traducteurs de la FIT s’est tenu à Beijing. La Chine a été le pays initiateur de ce forum, dont le premier s’est tenu en Chine en 1995.

En raison du nombre croissant d’entreprises étrangères en Chine, les besoins en services de traduction des langues étrangères vers le chinois sont devenus plus pressants que jamais. Beaucoup de sociétés de traduction de pays étrangers cherchent des partenaires de coopération. Internet rend tout cela possible. Mais une question demeure : comment trouver un partenaire digne de confiance en Chine?

Les particularités culturelles des pays et des régions forment la diversité culturelle du monde. Dans ce processus de promotion des progrès de la culture, la mission historique des traducteurs est immense. ?


*Huang Youyi est membre du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC), vice-président et rédacteur en chef du Groupe international de publication de Chine (CIPG), vice-président et secrétaire général de la TAC, ainsi que vice-président de la FIT.

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