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L’ aide précieuse

des secouristes étrangers

ZENG PING et ZHANG HONG

Pour la première fois de son histoire, la Chine accepte des sauveteurs venus de pays étrangers et d’organisations internationales. Leur aide sur le terrain et leur professionnalisme ont été importants pour sauver des vies.

LE 14 mai, dans le district de Beichuan de la ville de Mianyang (province du Si-chuan), le premier ministre chinois Wen Jiabao a croisé sur sa route des étrangers aux cheveux blonds et aux yeux bleus.

« Vous êtes touristes ? », a-t-il demandé chaleureusement. « Non, c’est pour participer aux secours. »

« Vous venez de quel pays ? »

« Nous sommes membres de Heart to Heart des États-Unis », a répondu un Américain de grande taille. Le soir même, le dialogue a été retransmis par les télévisions chinoises.

Les volontaires américains sur les chemins de montagne

Cet Américain s’appelle Brian Robinson (son nom chinois est Sun Bai’an). Médecin et premier représentant en Chine de l’ONG Heart to Heart, il habite Chengdu depuis 10 ans. Le jour où il a rencontré Wen Jiabao, il venait d’arriver à Beichuan avec 15 collègues, 3 véhicules, dont une camionnette chargée de matériel et une ambulance.

Le 24 mai 2008, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est rendu à Yingxiu dans le Sichuan. CFP Les médecins russes sont en train d’ausculter une vieille dame blessée, à l’aide d’une radioscopie mobile. CHEN JiaN

« C’est le devoir qui m’a poussé à venir ici », explique-t-il. L’après-midi du 12 mai, comme d’autres habitants de Chengdu, il est descendu dans la rue après le séisme. Il a ensuite contacté la Croix-Rouge du Sichuan et l’organisation Heart to Heart. Cette dernière est ainsi devenue la première organisation non gouvernementale étrangère à entrer dans la zone sinistrée.

Brian Robinson et ses collaborateurs avaient emporté des produits médicaux, dont des désinfectants et des seringues. Comme les routes étaient bloquées, ils ont dû laisser une partie du chargement dans la camionnette et faire des allers-retours pour le récupérer.

La rapidité d’intervention et d’organisation des secours est la caractéristique des ONG. Deux jours après le séisme, Heart to Heart a envoyé deux équipes de secours dans le Sichuan et a commencé l’évaluation des dégâts. Cette organisation indépendante est composée de professionnels de différents pays. Dès que les informations sont parvenues au siège, l’organisation a réagi immédiatement en envoyant du matériel et du personnel.

D’autres organisations non gouvernementales ont apporté des produits de première nécessité dans la zone sinistrée, tels que couvertures, toiles, sacs de toilettes pour répondre aux besoins élémentaires des réfugiés. Elles ont montré leur professionnalisme aux Chinois, certains de leurs membres étaient déjà très fatigués en raison de leur aide au Myanmar, victime du cyclone.

La solidarité de la communauté internationale

Après le séisme de Wenchuan, les télécopies de condoléances et l’aide matérielle envoyés par les gouvernements étrangers sont arrivés successivement. « Les sentiments et les prières du peuple américain vont vers le peuple chinois », a déclaré le président Bush. Les ambassadeurs en Chine se sont rendus tour à tour au ministère chinois des Affaires étrangères pour présenter leurs condoléances aux victimes du tremblement de terre. « Dans ce moment difficile, nous sommes avec le peuple chinois », a-t-on écrit dans le registre.

Aussitôt après le séisme, le roi d’Arabie Saoudite a annoncé un don de 50 millions de dollars et de 10 millions en matériel. C’est le plus gros chèque que le gouvernement chinois a reçu après le séisme. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a déclaré, le 16 mai, que le Fonds central d’urgence onusien allait débloquer une somme pour soutenir le travail de secours dans le Sichuan.

L’équipe japonaise de secours d’urgence cherche des survivants à Beichuan, dans la province du Sichuan.

Le 18 mai, un chargement d’une valeur de 700 000 dollars, offert par l’armée américaine, est arrivé dans la zone ravagée. C’était la première aide matérielle offerte par des armées étrangères. Jusqu’au 20 mai, 166 pays et plus de 30 organisations internationales avaient exprimé leurs sympathie envers les victimes du séisme, et la Croix-Rouge de Chine avait reçu plus de 20 dons en argent venant de la Croix-Rouge américaine, de l’UE, de l’Angleterre, de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon, de l’Australie, etc.

En quelques jours seulement, les aides étrangères ont afflué dans la zone du drame, notamment sous forme de tentes, de couvertures, de kits de cuisine, d’équipement médical et d’autres produits de première nécessité. Au fur et à mesure de l’étendue de la catastrophe, certains pays augmenteront encore leurs aides. Les Douanes chinoises ont ouvert un accès rapide pour que ces matériels arrivent vite sur le terrain de la catastrophe.

Le responsable de l’équipe de secours de Hong Kong présente l’état d’avancement des activités de secours.zeng ping

Le troisième jour après le séisme, le gouvernement a annoncé l’accueil des premiers secouristes étrangers dans la zone sinistrée. Auparavant, comme les routes étaient bloquées et les télécommunications perturbées, et en raison de conditions météo très mauvaises et d’autres facteurs de risque, les secouristes étrangers n’avaient pas été autorisés à entrer dans la zone sinistrée. Le 15 mai, selon des critères de distance et de rapidité, la Chine a accepté les premiers secouristes japonais, russes, sud-coréens et singapouriens dans le Sichuan. Jusqu’au 21 mai, 10 équipes de secours comptant 355 secouristes venant de la Russie, de Taiwan, du Japon, de la Corée du Sud, de Hong Kong, de Singapour et des Pays-Bas étaient arrivés dans le Sichuan à la recherche de survivants.

L’équipe japonaise, composée de 60 personnes, est arrivée en deux groupes successifs. Ses membres ont été les premiers secouristes professionnels étrangers intervenus après le séisme de Wenchuan, également les premiers secouristes étrangers dans l’histoire de la République populaire de Chine. Ayant participé aux activités de secours des séismes de Kobe, d’Iran, ainsi que du tsunami en Indonésie, ils ont acquis beaucoup d’expériences en la matière.

Dans le district de Qingchuan, les secouristes japonais ont cherché des survivants sous les décombres d’un immeuble. Ils ont découvert les cadavres d’une mère et de son bébé âgé de 75 jours. La mère serrait sa petite fille dans ses bras. Les secouristes se sont alors alignés en deux rangs pour rendre hommage aux victimes.

Après avoir offert une aide matérielle de 120 tonnes, la Russie a envoyé une équipe de secours de 50 personnes comprenant des sauveteurs et des médecins. Ils ont réussi à sauver une femme d’âge moyen. Une ONG sud-coréenne, composée d’ingénieurs, de paysans, de professeurs, a également déployé des activités de secours dans la zone sinistrée.

L’usine chimique Hongda du bourg Yinghua, ville de Shifang, est le champ d’intervention de l’équipe sud-coréenne envoyée par son gouvernement. Elle compte plus de 40 membres tous issus d’établissements professionnels. Ils ont sorti 17 cadavres. Le responsable de l’équipe affirme qu’ils ont été profondément émus par les scènes de terreur. Pour consoler les proches des victimes, les secouristes ont d’abord cherché des endroits qu’ils leur indiquaient. Quand des parents de victimes ont vu les corps, tous étaient très tristes. D’après ce responsable, la Chine a réagi rapidement au séisme et a déclenché très vite les secours, ce qui est exceptionnel jusqu’à présent. Il est convaincu que les maisons détruites seront reconstruites, ne doutant pas d’un gouvernement aussi efficace et d’un peuple aussi courageux.

Le 22 mai 2008, à Berlin, des matériels de secours offerts par la Croix-Rouge allemande sont chargés dans un avion cargo. CFP

Non loin, des tentes montées près de l’École primaire du bourg Hongbai, dans la ville de Shifang, se tient le siège du commandement de secours provisoire qui essaie de s’organiser. La tente de l’équipe singapourienne se trouve non loin de celle du commandement. Composée de 55 secouristes et de 4 chiens renifleurs, l’équipe comprend des ingénieurs, des techniciens et des infirmiers expérimentés. Ils ont commencé les recherches dans quatre endroits différents. Cinq cadavres ont été trouvés. Avant les recherches, ils avaient collecté des informations détaillées sur les lieux où des personnes avaient été ensevelies.

Le chef de l’équipe, Huang Haoquan, a apprécié le fait que le gouvernement chinois avait envoyé ses troupes peu après le séisme et que l’armée de l’air avait parachuté ses soldats le lendemain dans la zone sinistrée en raison des routes inaccessibles. Il a fait en outre remarquer que le matériel de secours s’est avéré suffisant, que l’armée, le gouvernement local et les volontaires en ont assuré le transport malgré les risques encourus, que le gouvernement a donné à chaque réfugié des coupons alimentaires. Selon lui, tout cela montre la solidarité des Chinois. Au cours des interventions, ils ont rencontré tous les jours des scènes de désolation mais étaient également émus et motivés par le courage des Chinois.

La Chine a participé plusieurs fois à la coopération internationale dans le cadre d’activités de secours à l’étranger, comme les tremblements de terre en Algérie, en Iran, au Pakistan, en Indonésie et le tsunami en Asie du Sud-Est. Elle a établi des relations étroites avec des gouvernements étrangers, l’ONU, des organisations régionales et non gouvernementales. C’est pourtant la première fois de son histoire qu’en tant que pays victime, elle accepte des sauveteurs étrangers.

Le secours sans frontière

La Russie est le premier pays à avoir envoyé une équipe médicale étrangère de secours dans la zone ravagée. Quelques jours après le séisme, la Chine a accepté des équipes médicales étrangères dans le Sichuan. À partir du 20 mai, les équipes médicales envoyées par le Japon, l’Italie et l’Allemagne sont arrivées successivement dans la province.

Le 21 mai, un hôpital mobile a été installé par l’équipe russe dans la zone sinistrée et a commencé des opérations d’urgence pour les blessés. Cet hôpital se trouve dans un lycée; il comprend une dizaine de grandes tentes gonflées servant de salles d’opérations, salles d’examens, chambres de malades et salles de dépôt. Ici, cinq opérations médicales, dont une d’urgence, peuvent être menées simultanément. Plus de 300 blessés peuvent y être soignés. Vingt-cinq lits sont mis à la disposition des blessés graves.

Dans une salle d’examens, un docteur russe est en train de soigner la cheville d’une petite fille qui s’inquiète beaucoup. Elle demande si elle sera handicapée et si elle n’arrivera plus jamais à courir. Le docteur russe lui dit avec gentillesse : « Ma chérie, tu n’es pas gravement blessée, tu pourras encore sauter comme un faon. »

Il fait très humide en ce début d’été à Chengdu et il fait tellement chaud sous la tente médicale qu’on ne peut pas y rester plus de 10 minutes. L’équipe médicale russe a même apporté 10 ventilateurs.

Arrivée le même jour que l’équipe russe, l’équipe japonaise a apporté cinq tonnes de matériel médical comprenant des appareils de radioscopie et d’analyses de sang.

L’Italie, l’un des premiers pays ayant offert du matériel à la Chine, a donné 1 million d’euros en argent et 1,5 million d’euros en matériel. Elle va offrir un hôpital mobile bien équipé et envoyer 16 techniciens médicaux. Par ailleurs, une de ses équipes médicales travaille déjà dans la zone dévastée.

L’Allemagne a pour sa part installé un hôpital mobile opérationnel pour une ville de 250 000 personnes.

De la réserve à l’ouverture

Aider les autres ou être aidé par les autres est une affaire courante dans le secours international. Ce qui n’avait pas été le cas, il y a 32 ans, lors du séisme de Tangshan.

À Paris, une équipe française composée de 13 médecins, infirmiers et personnel de soutien, se rend en Chine, le 24 mai dans l’après-midi, pour venir en aide aux blessés du séisme. Les membres de l’équipe médicale s’apprêtent à partir de l’aéroport Charles de Gaulle.
CNSPHOTO

Après le tremblement de terre de Tangshan qui avait fait 240 000 morts en 1976, en raison du climat politique d’alors, la Chine avait refusé toute aide internationale, ne comptant que sur ses propres forces. Dépourvus de techniques avancées, les secours n’avaient pas été très efficaces.

Le tremblement de terre du 12 mai est le plus fort de l’histoire de la Chine moderne; sa portée et sa magnitude ont dépassé le séisme de Tangshan de 1976.

Qian Gang, auteur du livre-reportage « Le tremblement de terre de Tanshang » explique : « C’était à cause du contexte de la guerre froide que la Chine n’avait pas accepté l’aide internationale. Après 30 ans de réforme et d’ouverture, la Chine a changé, sa logique et sa psychologie aussi. »

Quatre ans après le tremblement de terre de Tang-shan, la vision de la Chine a commencé à évoluer.

En 1980, quand la Chine a subi une inondation et une sécheresse inouïes, elle a exprimé pour la première fois le souhait d’accueillir de l’aide étrangère. Les opinions d’alors ne cachaient pas leur surprise : «Première demande chinoise pour l’aide internationale depuis plus de 30 ans ! », « La Chine accepte enfin la main tendue de l’aide face à la catastrophe ! »

« L’entrée des équipes étrangères de secours dans la zone sinistrée correspond justement à une nécessité, dit M. Jia Qingguo, vice-doyen de l’Institut des relations internationales de l’Université de Beijing. La position d’ouverture prise par la Chine face à l’aide internationale incarne bien la primauté des vies. »

Ces dernières années, la Chine a envoyé à plusieurs reprises des équipes de secours dans d’autres pays victimes de désastres. On les a vues dans les zones sinistrées en Indonésie, au Pakistan, en Algérie et en Turquie.

La participation chinoise à la coopération internationale de secours témoigne de l’approfondissement de l’ouverture pratiquée par la Chine depuis la réforme qui remonte à plus de 30 ans. L’acceptation actuelle de l’aide étrangère par la Chine complète ses dispositifs d’urgence.

« Face aux catastrophes naturelles, le monde est une grande famille », dit Shen Jiru, chercheur de l’Académie des sciences sociales de Chine, « tous les pays sont membres de cette famille, ils peuvent exploiter leurs atouts, jouer leurs rôles et agir de concert pour aider les membres en difficulté. » ?

Rappel des aides internationales antérieures

Les aides internationales de secours acceptées par la Chine ces dernières années :

à l’été 1998, le bassin du Yangtsé a connu une inondation, les eaux de la rivière Songhua et de la rivière Nenjiang ont débordé et des centaines de millions de personnes ont été touchées. Les États-Unis, le Japon, la France, la Thaïlande et la Grande-Bretagne offrirent une aide dépassant le milliard de yuans.

Fin printemps 2003, quand la Chine a été touchée par le SRAS, elle a reçu, jusqu’en début de juin, toutes sortes d’aides de la part des organisations internationales et des gouvernements étrangers. Ces aides ont été évaluées à 38, 02 millions de dollars US (promesses de dons).

Début 2008, la Chine méridionale a été victime d’une tempête de neige. Singapour, la Malaysia, le Japon, la Mongolie, les États-Unis et la Syrie ont offert des dons en argent ou en nature d’une valeur variant d’une dizaine à une centaine de milliers de dollars US.

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