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Musicien et pédagogue dans l’âme

LOUISE CADIEUX et HU YUE

Un professeur heureux dans son milieu----------Wei Yao

Quand les pianistes de renom attirent tous les éloges, qui parmi nous pense aux excellents musiciens qui ont choisi une vie dans l’ombre en la consacrant à la formation de ces grands talents? Le Pr Zhang Jin fait partie de ces musiciens. Diplômé avec des notes exceptionnelles, en 1987, du Département de piano du Conservatoire central de musique de Beijing, il est maintenant chef de la section interprétation (piano) de l’École de musique relevant de ce Conservatoire. Sa vie, il la dédie entièrement à la formation de la relève musicale.

LE Pr Zhang a le physique pour intimider un jeune élève : il est grand et a fière allure. Pourtant, dès qu’on entame la conversation avec ce quadragénaire, c’est plutôt la douceur de l’homme qui frappe. Cependant, c’est quand on le questionne sur ses élèves que ce professeur s’épanouit et devient carrément volubile.

Pr Zhang, parlez-nous un peu de vous.

Je suis originaire de Qingdao, province du Shandong. À 5 ans, avec ma mère, Sui Wenju, qui est professeur de piano, j’ai commencé à jouer de cet instrument. Au début, je n’aimais pas tellement cela, car je trouvais l’apprentissage particulièrement laborieux. Ma mère organisait mes exercices quotidiens de piano et m’écoutait jouer; elle me corrigeait sans cesse, même en faisant le ménage! à cette époque, j’avoue que j’ai dû faire preuve de patience. Toutefois, comme j’étais un enfant docile, je ne voulais pas contrarier mes parents et j’ai continué à faire mes exercices. Par ailleurs, ma mère possédait beaucoup de disques de musique classique et j’aimais beaucoup les écouter. C’est grâce à ces disques et aux nombreux amis musiciens de ma mère que j’ai apprivoisé ce type de musique. Ces amis organisaient de petits concerts maison et je trouvais qu’ils étaient excellents. J’ai donc décidé de persévérer et même de faire encore plus d’efforts.

Votre mère a donc été votre premier professeur. Y en a-t-il eu d’autres?

Le Pr Zhang, en compagnie de Wang Chun, l’un de ses élèves vedettes ------------------------------Wei Yao

Oui, le pianiste Pan Yiming, un éducateur réputé en Chine. En 1978, j’ai été admis comme pianiste au sein de l’Ensemble de chants et danses de l’Armée de l’air, à Beijing, et en 1981, j’ai commencé à étudier avec le Pr Pan. En 1983, je suis entré au Conservatoire central de musique de Beijing, un rêve que je caressais depuis longtemps, et j’ai continué mes études avec ce professeur jusqu’en 1987. Il était très strict. Aujourd’hui, je m’inspire beaucoup de ses techniques d’enseignement et je le remercie.

Comment se sont passées vos études au Conservatoire?

La plupart de mes camarades venaient de l’École secondaire relevant du Conservatoire, alors que moi, je venais de l’armée. Je trouvais donc que mes bases techniques étaient médiocres. J’ai vraiment dû mettre les bouchées doubles. Au cours de mes troisième et quatrième années au Conservatoire, j’ai continuellement décroché la première place de ma classe. à la fin de mes études, le principal de cette école secondaire m’a donc demandé d’y enseigner.

Choisir d’être professeur plutôt que pianiste de concert, cela a-t-il été un choix facile?

J’étais bon étudiant, tout s’est enchaîné… (silence)

Comment décririez-vous votre type d’enseignement?

Lors d’un cours de maître donné par Andrea Bonatta, au Conservatoire central de musique de Chine. Sur la photo, de g. à dr. : Mme Zhang Limei (conjointe du Pr Zhang), Pr You Xi (du Conservatoire), Andrea Bonatta, la petite-fille du célèbre pianiste et pédagogue autrichien Paul Badura-Skoda, Paul Badura-Skoda et le Pr Zhang Jin.

Dès le premier cours, je fixe un plan individualisé à chaque élève. Si je constate que quelqu’un est particulièrement doué, je vais très tôt lui enseigner les grandes œuvres pour élargir ses horizons le plus vite possible. Cependant, je demande à chaque élève, quel que soit son niveau, de s’exercer tous les jours et d’être laborieux afin d’acquérir une base technique solide. Je sais qu’un pianiste doit être courageux pour affronter les difficultés et que c’est l’assiduité au travail qui forme ce courage. Je fais également participer mes élèves à des concours internationaux, ce qui les aide à améliorer leur créativité. J’invite également des professeurs étrangers à visiter notre école pour conseiller nos élèves.

Vous agissez souvent comme juge dans des concours internationaux de piano; vous l’avez été notamment lors du concours du Grand Prix Animato, à Paris, en 2007. Dans ces occasions, comment jugez-vous la qualité d’un participant?

Selon trois critères. D’abord, le talent, c’est-à-dire la capacité de comprendre une œuvre. Ensuite, la maîtrise technique, qui est la base que seule la pratique quotidienne peut donner. Finalement, la capacité d’interprétation.

J’imagine que vous formez vos élèves d’après ces trois critères également.

Oui, bien sûr. Cependant, talent et base technique sont deux éléments indissociables, car le succès nécessite à la fois le talent et la base technique, et cette dernière s’acquiert par l’assiduité. C’est la combinaison gagnante que possède, par exemple, le pianiste Lang Lang, le jeune prodige connu dans le monde entier.

En compagnie du pianiste Lang Lang, un jeune prodige

Élevés dans une ambiance orientale, alors que le piano est un instrument occidental, les élèves chinois peuvent-ils vraiment concurrencer les jeunes pianistes occidentaux? En d’autres mots, la Chine peut-elle espérer avoir de nombreux Lang Lang?

Lang Lang est un pianiste chinois exceptionnel qui a aussi pu profiter d’occasions particulièrement favorables. Pour l’instant, l’environnement chinois de la musique classique occidentale n’est pas développé comme dans les pays occidentaux, mais l’écart se rétrécit. Les jeunes chinois ont de plus en plus d’occasions de participer à des échanges avec des pianistes de l’extérieur du pays, de participer à des concours internationaux et de démontrer leur talent. Je peux dire que les pianistes chinois peuvent rendre une pièce musicale aussi bien que les pianistes étrangers.

Quel a été votre moment de plus grande fierté comme professeur?

Mes élèves sont ma seule fierté. Ils sont comme mes enfants. Je les emmène à l’étranger pour participer à des compétitions internationales et je suis alors nerveux pour eux. Quand ils gagnent, je partage leur joie. Ce sont les moments les plus heureux pour moi.

Les Occidentaux découvrent progressivement la musique traditionnelle chinoise. Comment compareriez-vous cette musique avec la musique classique occidentale?

Oh! Cela pourrait faire l’objet d’une thèse. Alors, disons simplement que deux différents modes de pensée ont donné lieu à deux musiques. Au cours de son histoire, la musique occidentale est arrivée à la polyphonie en passant par le chant à une voix ou par un chœur à l’unisson. De nos jours, les divers instruments de musique sont donc tout naturellement joués d’une façon simultanée et harmonieuse. Quant à la musique chinoise, elle n’a pas ce passé de musique organisée avec divers instruments. Dans l’Antiquité chinoise, les plus célèbres instruments de musique étaient toujours joués par une seule personne, tout comme en Occident à la même époque. Or, en Chine, par la suite, il n’y a jamais eu d’expressions musicales polyphoniques. Aujourd’hui, la façon de jouer d’un orchestre de musique traditionnelle chinoise est empruntée à celle de l’orchestre symphonique occidental. Mais de toute façon, les deux musiques sont agréables à entendre.

Quelle est la situation du marché chinois de la musique classique occidentale ?

Former la relève musicale, un travail gratifiant.
-----------------------------------Les photos non signées ont été fournies par M. Zhang Jin

Il s’agrandit de plus en plus. Malheureusement, le prix des billets est très élevé, de sorte que beaucoup de gens n’ont pas les moyens d’aller au concert. Le public est donc surtout formé de personnes du milieu artistique et de gens qui ont de bons revenus et qui veulent enrichir leur vie culturelle.

Quels sont vos plans d’avenir?

Former encore plus d’élèves de haut niveau comme Wang Chun et Huang Nansong, deux de mes élèves qui ont gagné des prix à Paris en 2007. J’espère aussi avoir plus d’occasions de visiter des pays occidentaux, de même que de recevoir dans notre école la visite d’un plus grand nombre de pianistes de calibre international.

Et votre vie familiale dans tout cela?

Je n’ai pas d’enfant et ma femme est une collaboratrice précieuse. En somme, je peux consacrer toute ma vie à la musique. De plus, comme ma femme parle très bien l’anglais, elle m’aide souvent à entrer en contact avec des pianistes étrangers et agit souvent comme interprète lors de mes missions.

Merci, Pr Zhang. Vos élèves ont bien de la chance!

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