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La Chine
réévalue
son patrimoine
culturel immatériel
ZHANG XUEYING
En
dépit des efforts vigoureux déployés actuellement
pour protéger les coutumes traditionnelles en Chine, le terme
« patrimoine culturel immatériel » était
un terme pratiquement inconnu il y a seulement trois ans.
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| Lopéra
Di, dAnshun, a une histoire de 600 ans. Il a été
lun des premiers patrimoines à être inclus
à la liste nationale du patrimoine culturel immatériel.-------------------China
Foto Press |
Aujourdhui, avec le développement rapide de léconomie
chinoise, la quête du modernisme remplace rapidement les traditions
et les modes de vie anciens. Le prêt-à-manger, la musique
pop occidentale, les chaussures Nike, la NBA, la Coupe du monde
et les superproductions occidentales dominent la vie des jeunes.
Avec laccélération de lurbanisation, les
pratiques traditionnelles associées aux modes de vie ruraux
sont de plus en plus considérées comme arriérées
et archaïques.
Non seulement le développement économique a-t-il
transformé les coutumes sociales actuelles, mais il a également
imprégné les perceptions sur la culture traditionnelle.
Des instruments musicaux occidentaux, tels que les instruments à
clavier et le piano, sont introduits dans des opéras locaux,
alors que les pièces traditionnelles et dautres types
dart de la scène disparaissent rapidement. Selon certaines
évaluations, il y avait plus de 380 types dopéra
chinois dans les années 1960; aujourdhui, ce chiffre
a baissé de moitié. « Il y a très peu
de gens qui peuvent chanter ces opéras et lassistance
disparaît rapidement aussi », déclare M. Tian
Qing, directeur du Centre de recherche et de protection du patrimoine
culturel immatériel.
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| La
danse humaine du Dragon, lun des arts du spectacle à
être inclus dans la liste nationale du patrimoine culturel
immatériel.---------------------------------------------------
China Foto Press |
La baisse de la popularité du célèbre laque
de Beijing est un autre exemple de coutumes en voie de disparition.
Il y a cent ans, ces objets dartisanat comptaient parmi les
tributs les plus valables offerts à la famille impériale.
Aujourdhui, ces objets sont vendus à des prix bien
inférieurs en raison de la faible demande du marché.
Comme le relate un vieil artisan, cet artisanat ancien exige lapplication
de plus de 100 couches différentes de peinture naturelle
sur lobjet, avant quil soit séché à
lair et gravé. Cest un processus qui prenait
habituellement une année. « Aujourdhui, dit-il,
ce processus est précipité et est souvent accompli
en seulement quelques semaines. »
Lémergence dun mouvement de protection
« Lattitude du gouvernement chinois vis-à-vis
du patrimoine culturel a atteint un tournant cru-cial », déclare
M. Mounir Bouchenaki, ex-sous-directeur général de
lUnesco pour la culture. M. Bouchenaki a travaillé
à lUnesco, et pendant plus de 20 ans à lONU,
il visite fréquemment la Chine. De concert avec des experts
chinois, cet homme a lancé de nombreux projets de coopération
pour la protection du patrimoine culturel à Beijing, au Xinjiang
et à Xian. « Aujourdhui, je constate les
gros efforts de la Chine pour protéger le patrimoine culturel
», dit-il.
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| Image
du Nouvel An à Zhangzhou |
Depuis la promulgation de la Convention pour la sauvegarde du
patrimoine culturel immatériel de lUnesco en 2003,
la Chine parti-cipe activement aux négociations. Cest
le sixième pays à avoir signé cette convention
dans le monde. Ces trois dernières années, le gouvernement
chinois a non seulement lancé de nombreuses campagnes pour
protéger le patrimoine culturel, mais il a également
établi une liste nationale de protection pour sauver certaines
pratiques culturelles en voie dextinction.
M. Bouchenaki indique : « Les Chinois ne se satisferont pas
de la vie dans une ville moderne comme les autres, dominée
par des gratte-ciel; ils sont très intéressés
à garder leurs racines. »
Redécouvrir « lart vocal primitif »
Il y a trois ans, le duo formé de Li Huaixiu et de Li Huaifu,
dethnie yi et frère et sur, ne sest pas
qualifiée pour les finales du Concours des Jeunes Chanteurs,
en raison de leur manque de formation musicale officielle. Cependant,
lannée dernière, lors du même concours,
le duo a remporté la médaille dor dans la catégorie
« art vocal primitif » en utilisant le style du chant
folklorique. Les Li se considèrent les heureux bénéficiaires
de la décision de la Chine de protéger le patrimoine
culturel immatériel.
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| Broderie
traditionnelle à la main de Suzhou-------------
China Foto Press |
« Nous sommes émus de constater que lart
vocal primitif peut enfin être reconnu »,
confie Li Huaixiu. « En somme, les méthodes traditionnelles
de chant peuvent être jugées sur un pied dégalité
avec des techniques établies telles que le bel canto. »
La vie des Li a changé complètement. « Avant,
nous naurions jamais osé rêver de visiter différentes
villes et dy donner des représentations », nous
avoue-t-elle.
Leur village natal a également profité de leur succès.
« En plus dinstaller des téléphones et
des téléviseurs, le gouvernement a également
pavé les rues du village », déclare Li Huaifu.
En dépit de ces améliorations matérielles,
les Li sont particulièrement reconnaissants que la musique
folklorique traditionnelle soit finalement considérée
comme une forme dart importante. « La musique folklorique
reçoit de plus en plus dattention de la part des médias
et du gouvernement, indique Li Huaixiu. Notre succès au Concours
des Jeunes Chanteurs nest quun début. »
« Chaque fois que je suis à la maison, des enfants
me demandent toujours de leur enseigner des chansons folkloriques
», dit-elle.
Des défis toujours renouvelés
Malheureusement, la plupart des protecteurs de la culture ne sont
pas optimistes quant au possible sauvetage de certaines pratiques
culturelles en voie dextinction.
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| Le
duo formé de Li Huaixiu et Li Huaifu, le frère
et la sur, a remporté le premier prix, lors du
Concours des Jeunes Chanteurs. ------------Cnsphoto |
Mme Yang Li, directrice adjointe de lInstitut de musique
et de danse de la province du Sichuan, est une passionnée
de la danse Kasidawen. Cette danse est exécutée
avec une armure, et elle est associée aux groupes ethniques
tibétain et qiang du Sichuan. Cette forme artistique tire
son origine de la danse sacrificatoire exécutée pendant
la chasse et le combat, mais elle sest lentement transformée
en représentation cérémoniale. Pendant la danse,
les danseurs mettent des armures spéciales. « Aujourdhui,
il ne reste que trois armures dans la région. La plupart
des armures ont été vendues à bas prix, et
ce qui est encore plus regrettable, cest que, souvent, les
jeunes quittent maintenant le village pour aller travailler ou faire
des affaires. Ainsi la nouvelle génération est peu
disposée à apprendre cette forme dart »,
confie Mme Yang. Aujourdhui, la Kasidawen est exécutée
surtout parmi les plus âgés, mais beaucoup sont déjà
trop vieux pour danser.
Les changements des modes de vie représentent un défi
important pour leffort de préservation du patrimoine
culturel immatériel. Par exemple, la danse traditionnelle
Kasidawen demande également lutilisation de
peaux de tigre. Cependant, puisquon interdit maintenant la
chasse aux tigres dans cette région, une part importante
de la tradition relative à cette danse a disparu. Mme Yang
nous indique que les villageois ont complètement oublié
cette partie de la danse. « Heureusement que jai documenté
cette pratique, il y a 20 ans, dit-t-elle, autrement elle aurait
été totalement perdue. »
Après 20 ans de recherche effectuée avec ses collègues
dans le domaine, Mme Yang a écrit un livre sur la danse Kasidawen.
« Nous avons reçu 310 000 yuans de divers organismes
gouvernementaux pour ce projet, explique-t-elle. Cependant, nous
sommes toujours à court de financement. » Le manque
de fonds signifie que beaucoup de jeunes chercheurs sont peu disposés
à poursuivre des recherches par souci de ne pas pouvoir soutenir
leur famille avec un si maigre salaire. Comme beaucoup dautres
protecteurs de la culture, elle se sent pessimiste et sans ressource
pour ce qui est des perspectives de préservation du patrimoine
culturel immatériel. « Le financement reste limité,
précise Mme Yang, et nous comprenons que beaucoup de patrimoines
ont besoin dêtre protégés. »
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Le patrimoine culturel immatériel
Le patrimoine culturel immatériel se définit
comme les pratiques, représentations et expressions,
ainsi que les connaissances et habiletés que les communautés,
groupes et, dans certains cas, les individus, identifient
comme faisant partie de leur patrimoine culturel.
Le patrimoine culturel immatériel est transmis de
génération en génération et est
constamment recréé par les communautés
et groupes en réponse à leur environnement,
à leur interaction avec la nature et à leurs
conditions historiques dexistence.
Il se manifeste dans les domaines suivants : traditions et
expressions orales, y compris le langage qui est conçu
comme un véhicule du patrimoine culturel immatériel
; lart de la scène; les pratiques sociales, les
rituels et les événements festifs; la connaissance
et les pratiques relatives à la nature et à
lunivers; et lartisanat traditionnel.
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