
Une étudiante ouzbèke utilise un robot pour réaliser une composition florale à Hangzhou (Zhejiang), le 10 mai 2025.
Les relations bilatérales entre la Chine et l’Europe figurent parmi les plus importantes de la scène mondiale. Leur dynamique influence non seulement le développement des deux parties, mais aussi la configuration mondiale. Ces dernières années, sous l’effet conjugué des rivalités géopolitiques, des frictions commerciales et de visions divergentes, les relations sino-européennes traversent une période de défis complexes. Dans ce contexte, les échanges humains et culturels, en particulier les interactions entre les jeunes, jouent un rôle fondamentalement constructif.
En juillet 2025, le président chinois Xi Jinping a souligné dans son message adressé à la Conférence mondiale des jeunes pour la paix que l’avenir de la paix repose sur les jeunes. Dotés d’une vitalité et d’une créativité incomparables, les jeunes sont les futurs garants de l’amitié sino-européenne, incarnant déjà une force clé pour dépasser les divergences et renforcer la compréhension mutuelle. Il est désormais essentiel de libérer pleinement leur potentiel afin qu’ils passent du statut de simples « témoins » des relations sino-européennes à celui de « bâtisseurs » actifs de cet avenir commun.

Inauguration d’une exposition de plus de 70 créations de jeunes designers chinois et français à la galerie Ming de Suzhou (Jiangsu), le 17 octobre 2025
Franchir les barrières
À l’ère de la mondialisation, les interactions entre les jeunes de Chine et d’Europe continuent de faire face à des obstacles de taille, créant un « déficit d’échanges » qui alimente les malentendus bilatéraux.
Ces défis proviennent d’abord de ce que l’on pourrait appeler une « bulle informationnelle ». Les récits diffusés par certains médias occidentaux tendent à réduire la Chine à une image simpliste et politisée. Ceci a pour effet de maintenir chez de nombreux jeunes Européens une perception stéréotypée et datée, entravant toute compréhension véritable du pays. Réciproquement, certains jeunes Chinois, témoins de la croissance rapide de leur pays, risquent de sous-estimer la résilience institutionnelle, la richesse culturelle et les capacités d’innovation technologique de l’Europe.
Par ailleurs, des « entraves aux liaisons » concrètes persistent. La lente reprise du trafic aérien international après la pandémie, conjuguée aux réaménagements des routes aériennes provoqués par la crise ukrainienne, a entraîné une fréquence de vols insuffisante et des coûts de voyage prohibitifs. Cette situation limite objectivement les possibilités de séjour sur place pour les jeunes disposant de budgets modestes.
Enfin, un défi plus profond réside dans le « fossé » culturel et psychologique. Il existe des divergences objectives entre les deux parties concernant la perception des droits de l’homme, la relation entre l’individu et le collectif ou encore les modèles de gouvernance. Un manque de mentalité inclusive et de compétences interculturelles aiguisées pourrait amener les jeunes à considérer la « différence » comme une « opposition », paralysant le dialogue constructif.

De jeunes étrangers découvrent la préparation de tanghulu (brochette de baies d’aubépine caramélisées) dans l’arrondissement de Licang à Qingdao (Shandong), le 11 février 2025.
La triple mission
Face aux obstacles, les jeunes ne sont pas démunis. Au contraire, c’est précisément leur âge qui leur confère le courage de briser les conventions et le potentiel de remodeler les relations. Dans le contexte des relations sino-européennes, les jeunes s’imposent comme une force jouant trois rôles fondamentaux.
D’abord, celui de briseur de glace. Comparés à leurs aînés, les jeunes sont moins prisonniers de la mentalité de la Guerre froide et de cadres idéologiques. Ils peuvent adopter une perspective « dépolitisée », essentielle pour désamorcer les oppositions. Qu’il s’agisse de l’e-sport, de la mode, de la gastronomie ou du voyage, Chinois et Européens possèdent un vaste langage commun à travers leurs modes de vie. En menant des interactions « ascendantes » entre peuples, ils insufflent une chaleur humaine à la « glace politique ». Leur volonté de corriger leurs perceptions passe par l’expérience de terrain : l’immersion dans les campagnes et les villes chinoises ou dans les communautés et les campus européens suffit à faire disparaître les préjugés.
Ensuite, celui de connecteur numérique. Le monde est interconnecté et les jeunes en sont les pionniers. Sur les réseaux sociaux, ils partagent idées créatives et quotidien, réduisant la distance psychologique par des échanges fréquents. Le succès des vlogueurs européens en Chine et chinois en Europe en témoigne.
Enfin, ils s’affirment comme innovateurs. Face aux enjeux mondiaux tels que le changement climatique, la préservation de la biodiversité et la santé publique, les jeunes Chinois et Européens partagent un même sentiment d’urgence et de responsabilité. Au-delà des négociations intergouvernementales, ils privilégient des actions concrètes via des ONG et des collaborations scientifiques. Cette coopération « axée sur des questions précises » transcende les frontières et forge une solide communauté de valeurs.

Les supporters chinois du Real Madrid Rebecca Feng (g.) et Alex Lee (d.) posent avant de s’envoler pour le Kazakhstan afin d’assister à un match de la Ligue des champions, à l’aéroport international Daxing de Beijing, le 29 septembre 2025.
Trois chemins vers l’avenir
Pour transformer le potentiel de la jeunesse en une force motrice concrète, les échanges sino-européens ne peuvent se limiter à de simples visites touristiques. Ils doivent s’étendre à des domaines plus vastes. L’urgence est d’agir sur trois fronts.
Il est impératif de se concentrer sur la transition verte et le développement durable, afin de forger le plus grand dénominateur commun de valeurs. Le changement climatique représente le domaine de convergence le plus fort entre la Chine et l’Europe, et l’une des questions majeures de la jeune génération. Le « Pacte vert » européen et le double objectif carbone de la Chine présentent une grande cohérence. Les universités, les centres de recherche et les jeunes entrepreneurs peuvent lancer des concours, des projets de R&D et des initiatives entrepreneuriales communes dans les secteurs des énergies renouvelables, de l’économie circulaire ou de la construction écologique. Parallèlement, les autorités peuvent organiser la participation conjointe des jeunes Chinois et Européens à des projets de protection écologique : missions d’étude sur la désertification en Chine ou opérations de nettoyage des plastiques marins en Europe. Ces pratiques concrètes permettent d’échanger technologies et idées, et de bâtir des thèmes communs dans la co-construction du village mondial.
Il est crucial d’approfondir l’économie numérique et innovante, afin de tisser de nouveaux liens de convergence d’intérêts. Face aux enjeux actuels tels que le développement de l’intelligence artificielle, la confidentialité des données ou les biais algorithmiques, les jeunes chercheurs et professionnels doivent intensifier leur dialogue. Les jeunes utilisateurs et développeurs peuvent apporter des perspectives neuves pour définir des règles numériques conformes à l’intérêt commun de l’humanité. En associant les atouts de l’Europe en recherche fondamentale et design industriel aux forces de la Chine en applications commerciales et en innovation des modèles numériques, il est possible de créer une alliance sino-européenne pour l’innovation et l’entrepreneuriat des jeunes. Pour faciliter cette rencontre entre la technologie et le marché, l’organisation de concours numériques et d’autres événements similaires est essentielle, ce qui permettrait aux jeunes de partager les bénéfices économiques de la coopération.
Enfin, il faut encourager l’enrichissement mutuel des cultures pour consolider durablement la confiance. La véritable compréhension naît du respect et de l’appréciation de l’identité culturelle propre à chaque civilisation. La coopération éducative doit dépasser la simple formation linguistique et inclure davantage de programmes d’échanges dans des disciplines comme la philosophie, l’histoire ou les arts. À travers des forums culturels, les jeunes Chinois et Européens peuvent échanger sur des questions substantielles telles que la gouvernance sociale, le rapport entre tradition et modernité, ou la mondialisation et l’ancrage local. On peut aussi stimuler leur intérêt par des moyens innovants, par exemple, l’utilisation des technologies de réalité virtuelle pour permettre aux jeunes Européens de « visiter virtuellement » des villes historiques chinoises. C’est cette fusion entre technologie et culture qui touche le plus directement la jeune génération.
L’avenir des relations sino-européennes ne dépend pas seulement d’accords sur le papier, mais aussi de la résonance entre les esprits. Bien que les barrières réelles qui entravent les échanges entre les jeunesses demeurent visibles, la force juvénile, avide de compréhension et déterminée à coopérer, gagne en puissance. Quand les jeunes se comprennent face-à-face et se rencontrent sur le terrain, la base populaire des relations sino-européennes ne peut que se solidifier.
Non seulement observateurs des relations sino-européennes, les jeunes en sont également les acteurs qui en définissent l’avenir. Ce n’est qu’à travers des interactions plus denses, une coopération plus pragmatique et une empathie plus profonde que les jeunes de Chine et d’Europe pourront consolider le pont de l’amitié, faire progresser durablement le partenariat stratégique global sino-européen et contribuer de manière indispensable à la construction d’une communauté de destin pour l’humanité.
*CHEN SIYANG est chercheuse à l’Institut des études européennes de l’Académie des Sciences sociales de Chine.
Rencontres entre les jeunes Chinois et Européens 2025
Dialogue de la jeunesse Chine-Europe sur la gouvernance mondiale
Le 11 juillet, la 1re édition du dialogue de la jeunesse Chine-Europe sur la gouvernance mondiale s’est tenue à Budapest, en Hongrie. Axée sur le thème « Consensus et coopération à l’ère des transformations », cette rencontre a réuni 56 jeunes d’exception issus de plus de 20 universités de Chine, de Hongrie, d’Allemagne, de France et d’Italie pour discuter de l’avenir de la gouvernance mondiale.
Camp de jeunes leaders Chine-Europe
Du 17 au 20 juillet, les jeunes de 22 pays européens se sont réunis à Shanghai pour participer au Camp de jeunes leaders Chine-Europe, placé sous le thème de la transition écologique et du développement durable.
Programme d’échange de jeunes scientifiques Chine-UE
Le programme d’échange de jeunes scientifiques Chine-UE, sous l’égide du ministère chinois des Sciences et Technologies, a été officiellement lancé le 25 juillet à Beijing. Cette initiative vise à favoriser les échanges entre les jeunes scientifiques des deux côtés, jetant des bases solides pour la collaboration scientifique entre la Chine et l’Europe.
Programme d’échange international « Future makers »
Du 18 au 25 septembre, le programme d’échange international « Future makers » a lancé un tour d’innovation à Beijing. Organisé conjointement par l’Association des ONG de Beijing pour les échanges internationaux et le Centre d’innovation allemand de Zhongguancun, cet événement a invité 25 jeunes Européens de six pays, dont l’Allemagne et l’Autriche. L’objectif était de découvrir en profondeur le charme de Beijing, tant sur le plan technologique que culturel.
Dialogue des jeunesses Chine-Europe 2025
Le 17 novembre, le Dialogue des jeunesses Chine-Europe 2025 : les relations Chine-Europe pour les 50 prochaines années s’est tenu à Beijing. Plus d’une centaine de représentants venus de Chine et de 30 pays européens ont échangé leurs points de vue sur les thèmes tels que le paysage mondial, les relations Chine-Europe et les échanges humains.
Dialogue entre jeunes responsables politiques chinois et européens
Le 1er décembre, le Dialogue entre jeunes responsables politiques chinois et européens s’est tenu à Beijing. Plus de 40 délégués chinois et internationaux ont pris part à des discussions franches et approfondies sur le thème « Forger une relation plus stratégique et tournée vers l’avenir entre la Chine et l’UE : la responsabilité des jeunes responsables politiques ».