
Cueillette de jeunes pousses de thé au printemps
Il est de coutume de dire que « le meilleur thé blanc du monde est chinois, et c’est à Fuding qu’il prend racine ». En mai 2025, le système de culture du thé blanc de Fuding a été officiellement consacré Système ingénieux du patrimoine agricole mondial (SIPAM) par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Cette reconnaissance majeure permet à ce trésor ancestral de retrouver une visibilité éclatante sur la scène internationale.
Aux sources du thé blanc
Le thé blanc est l’une des six catégories de thé traditionnelles en Chine, et son histoire remonte à plus de 1 400 ans. La première mention du thé blanc de Fuding était dans le Classique du thé de Lu Yu, célèbre expert en thé de la dynastie Tang (618-907).
Situé dans l’est du Fujian, Fuding bénéficie d’un environnement exceptionnel où les paysages marins côtoient d’impressionnantes chaînes de montagnes. C’est sur les flancs du mont Taimu que s’est épanoui l’arbre-mère du légendaire thé blanc « Bourgeon de neige vert ».
La culture du thé blanc de Fuding a connu son véritable âge d’or sous la dynastie Qing (1644-1911) lorsque les producteurs ont introduit et développé deux cultivars d’une qualité remarquable : le Da Bai (Grand blanc) et le Da Hao (Grande pousse).

Un marché du thé
Un système agricole dynamique
À force d’observations et d’expérimentations, les producteurs de Fuding ont élaboré des techniques de culture et de transformation du thé blanc totalement uniques. En scrutant les besoins précis des théiers en lumière, chaleur, eau et nutriments, ils ont développé un modèle de plantation distinctif, à l’esthétique soignée.
Ce système repose sur la polyculture. Les théiers côtoient les patates douces, les mandariniers, les osmanthus et les althéas. Cette symbiose est doublement ingénieuse : elle crée un micro-environnement de croissance idéal, jouant un rôle de régulateur naturel de la température et de l’humidité, et établit un réseau de protection naturel efficace contre les maladies et les ravageurs, tout en enrichissant la qualité du sol.
Progressivement, ce modèle a enrichi un écosystème remarquable, qui compte aujourd’hui 18 variétés de théiers et plus de 120 autres espèces. On y dénombre 41 sortes de légumes, 14 sortes de fruits, 11 espèces d’animaux d’élevage, 31 espèces d’animaux d’eau douce et 32 espèces de champignons comestibles.
Un patrimoine vivant
Né d’une nature généreuse, le thé blanc de Fuding est l’incarnation d’un savoir-faire ancestral. En 2022, sa technique de fabrication a intégré la Liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, au sein de l’ensemble intitulé « Techniques traditionnelles de transformation du thé et pratiques sociales associées en Chine ». La fabrication de ce thé se résume à deux étapes fondamentales : le flétrissage et le séchage. Ce processus minimaliste révèle l’expertise et la sagesse des cultivateurs, transmises de génération en génération. Des méthodes de culture à flanc de montagne au calendrier précis des récoltes en passant par ces techniques de fabrication ingénieuses, toute une série de processus a évolué pour créer une véritable relation symbiotique entre l’homme et le thé.
À Fuding, le thé blanc est un pilier de l’identité locale. Des rituels de cueillette aux chants, poèmes et cérémonies de dégustation, il est au cœur d’un véritable art de vivre. C’est par ces pratiques sociales, profondément ancrées, que la vitalité de ce patrimoine est assurée.

La torréfaction au charbon, une technique traditionnelle de fabrication du thé blanc
Une industrie prospère
Face aux évolutions socio-économiques, le système agricole du thé blanc de Fuding a fait preuve d’une grande adaptabilité, assurant la transmission et le perfectionnement des techniques de culture.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024, avec plus de 40 000 tonnes de thé produites, dont 21 000 tonnes de thé blanc, sur 319 100 mu (1 mu = 1/15 ha) de plantations, l’industrie locale a généré un chiffre d’affaires colossal de 15,518 milliards de yuans. Ce succès a irrigué l’ensemble du tissu économique, agissant comme un moteur pour l’agroalimentaire, la logistique, le tourisme culturel, ainsi que la restauration et l’hébergement.
Ces dernières années, Fuding a appliqué la stratégie de développement « 3+2 » : stimuler la culture du thé, moderniser l’industrie et perfectionner les techniques. Cette approche met l’accent sur l’amélioration constante de la qualité du thé et le renforcement de l’influence des marques locales. En 2024, le thé blanc de Fuding s’est hissé au premier rang du classement national des marques régionales de thé en termes d’influence.
D’autres mesures structurantes ont été déployées pour soutenir ce développement de haute qualité. Plus de 800 talents ont été encouragés à revenir pour lancer des projets liés au thé blanc. Des événements de promotion ont été organisés pour explorer davantage les marchés d’Asie du Sud-Est, d’Europe et d’Afrique. Pour les visiteurs, six itinéraires sur le thème du thé blanc ont été conçus, complétés par des espaces dédiés à la culture du thé et des chambres d’hôtes thématiques. De plus, les autorités locales ont mis en service un entrepôt public de thé blanc pour sécuriser la chaîne de production et de distribution, tout en modernisant la plateforme de traçabilité pour une gestion plus intelligente. À ce jour, l’industrie du thé à Fuding a créé plus de 100 000 emplois et contribué aux revenus de 380 000 personnes.
La simple feuille de thé blanc de Fuding est devenue l’emblème d’une revitalisation rurale réussie. En alliant tradition et innovation, Fuding continue de faire rayonner cette marque d’excellence, contribuant activement à la préservation et à la valorisation du patrimoine agricole mondial.
*YAO YUCHEN est journaliste à China.org.cn.