
Le développement durable ne saurait se cantonner à la simple prospérité urbaine. Il vise avant tout à garantir une bonne qualité de vie pour chaque être humain, qu’il réside en ville ou à la campagne. Ce principe est pleinement illustré en Chine, où villes, périurbains et villages forment un tout indissociable, œuvrant en synergie pour un développement intégré. Il ne s’agit pas seulement d’une stratégie pragmatique, mais aussi d’un principe fondamental du développement durable, selon lequel aucune région ne devrait prospérer au détriment d’une autre.
Développement urbain-rural intégré : la clé
Pour parvenir à un véritable développement durable, il est nécessaire d’abandonner l’ancienne vision binaire opposant villes et campagnes, et d’adopter une approche systémique visant à renforcer les liens organiques entre les zones urbaines et rurales sur les plans économique, social et environnemental.
Sur le plan économique, renforcer ces liens vise à faciliter la circulation fluide et l’optimisation des facteurs de production entre différentes régions. Cela inclut non seulement l’échange de biens et de services, mais aussi la libre circulation des capitaux, des technologies, des talents et des informations.
Sur le plan social, cette approche est un outil puissant pour promouvoir l’équité et l’inclusion. En rationalisant l’accès aux ressources publiques – éducation, santé, culture, entre autres –, elle réduit progressivement les disparités entre populations urbaines et rurales, garantissant une répartition plus équitable des bénéfices du développement.
Sur le plan environnemental, cette approche offre une solution globale pour la gouvernance écologique régionale.
L’engagement de la Chine dans cette vision m’a profondément impressionné. Son ajustement continu des politiques pour consolider les liens urbain-rural reflète clairement sa quête d’un modèle de développement équilibré et complet. Cette approche systémique est essentielle pour bâtir un avenir résilient et équitable.

Une délégation d’ONU-Habitat visite la zone de Hetianling à Songyang.
Logement : le pilier du développement durable
Aujourd’hui, la question du logement est devenue un défi mondial. Que ce soit dans les pays développés ou en développement, l’accès à un habitat adéquat et abordable constitue une priorité urgente. C’est pourquoi ONU-Habitat œuvre activement pour que les Objectifs de Développement Durable des Nations unies, en particulier celui concernant le logement, reçoivent toute l’attention nécessaire. La réalité est alarmante : nous accusons un retard considérable. La part de la population mondiale vivant dans des quartiers informels ne cesse d’augmenter, et le monde a désespérément besoin de solutions plus nombreuses et plus efficaces.
La garantie d’un logement a joué un rôle clé dans le succès de la Chine, qui a réussi à sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté, tant en milieu rural qu’urbain. À ONU-Habitat, nous considérons le logement comme le « toit » des Objectifs de Développement Durable des Nations unies. Il est étroitement lié aux services de base, à la sécurité foncière, à la santé et à l’emploi. Résoudre efficacement le problème du logement ouvre ainsi la voie à de nombreux autres progrès en matière de développement durable. Bien que son modèle soit difficilement reproductible en raison de sa taille, ses conditions nationales et son contexte socio-économique, la Chine offre une référence précieuse aux autres pays. Les principes et méthodes qu’elle a déployés – détermination politique, planification systémique et solutions intégrées – recèlent de nombreuses leçons importantes à tirer.

Le pont en pierre emblématique du village de Songzhuang (YU JIE)
Planification et pratiques locales : équilibre efficace
Lors de ma visite dans trois villages du district de Songyang, à Lishui (Zhejiang), j’ai été frappé par les efforts de préservation du patrimoine et de revitalisation rurale. Chacun de ces villages possède une identité propre et une économie dynamique. Il y a dix ans, les autorités locales ont su reconnaître la valeur patrimoniale unique de ces villages et la nécessité d’investir dans leur préservation. Ce travail est guidé par une vision économique claire : il vise à réaliser un développement harmonieux et durable des villages, dans le respect de leur histoire et de leur potentiel naturel. C’est ce qui permet aux villages de demeurer des communautés vivantes, bien au-delà de simples destinations touristiques.
La Chine dispose d’un système de planification centralisé robuste qui, comme je l’ai constaté en soutenant des initiatives de préservation du patrimoine villageois, peut aboutir à des résultats significatifs en très peu de temps. Bien qu’unifiée, cette politique n’est pas rigide : elle sait s’adapter aux réalités de chaque village, avec une approche sur mesure.

Le café Shanpu dans le village de Fanjingshan, à Tongren (Guizhou), le 26 juin 2023
Certains pays privilégient une approche ascendante, plus participative et inclusive, mais parfois entravée par des oppositions. Nous devons trouver un bon équilibre entre l’efficacité d’une approche descendante et l’inclusion d’une approche ascendante. Je crois avoir observé cet équilibre en Chine, qui le réalise de mieux en mieux, en tenant pleinement compte des demandes et des conditions réelles locales lors de la mise en œuvre de projets d’envergure.
Notre coopération de longue date avec la Chine entre dans une phase plus pragmatique, grâce à des partenariats directs et solides avec le district de Songyang. Nous souhaitons construire davantage de mécanismes de collaboration institutionnalisés avec les districts (ou d’autres divisions territoriales) avec le soutien des gouvernements chinois à tous les niveaux. Cela permettra non seulement d’apporter les expériences internationales directement sur le terrain, libérant ainsi un immense potentiel de développement, mais aussi de partager plus efficacement les pratiques innovantes issues de la base chinoise avec le reste du monde.
*RAFAEL TUTS est directeur de la Division des solutions globales à ONU-Habitat.